Be singular
Aujourd’hui on assiste à des postures de plus en plus extrêmes, sur tous les sujets ou presque (même les partisans de la chocolatine deviennent vindicatifs !).
Et pourtant on n’a jamais eu autant d’uniformité dans tout: la musique, les films, les sites web, comme s’il fallait choisir un des camps et se laisser dissoudre par le consensus.
L’IA a accéléré cette uniformisation en donnant l’illusion de nouvelles capacités à certains, qui en viennent à s’émerveiller en générant de la musique insipide, des images déjà vues et des romans à la chaîne. Faire un site web prends moins de 10 minutes, une stratégie d’entreprise se fait en moins d’une heure et un remède contre le cancer … ah non ça c’est pas prioritaire.
À cette uniformité on voit émerger des mouvements opposés, des anti-IA qui se prennent pour de nouveaux résistants, sans aucune autre vision qu’un retour à l’âge de pierre.
Etre singulier c’est se revendiquer humain
Et si au milieu de tout ce marasme il y avait un autre critère, une manière de se considérer humain avant tout ? Le fameux « Think Différent » d’Apple aurait-il à nouveau sa place auprès de ceux qui ne s’identifient dans aucune de ces sphères extrémistes ?
Je propose ici une alternative, parce qu’être différent n’est jamais simple, surtout dans une époque où la différence est à la fois jugée et glorifiée (en apparence). Alors que nous sommes des millions, voire plus, à ne pas vouloir attirer l’attention sur une « différence », mais revendiquons quand même notre singularité. On n’est pas tous des génies visionnaires, ni des artistes explosifs. Nous n’en sommes pas moins individus avec une façon bien à nous de penser, d’analyser une situation ou d’exprimer un sentiment.
L’IA comme outil
Dans cette opposition entre les pros et les anti-IA, je revendique l’usage, plutôt que la substitution. Comme je l’ai souvent exprimé, l’IA ne pourra jamais remplacer un écrivain qui aime écrire, qui utilise ce medium pour exprimer ce qui l’anime, le ronge ou le passionne. Il en est de même pour les artistes, cinéastes, musiciens… et même, tous les métiers passion, tous ces maçons, fleuristes, coiffeurs, conseillers, médecins, profs qui sont animés par une soif inexorable d’exercer leur vocation intime. Nous allons peut-être enfin être contraints d’aimer ce que nous faisons et d’abandonner les métiers qui débilisent et asservissent.
Il y a forcément plusieurs manières d’utiliser l’IA, et la refuser symboliquement, c’est se priver d’opportunités. Générer rapidement une image d’illustration d’une publication qui n’aura qu’une misérable durée de vie n’aura jamais la même valeur que cette image, que j’ai en tête, et que je vais mettre un temps fou à finaliser, quel que soit l’outil (crayon, tablette graphique, pinceau, photoshop ou MidJourney…). Tout dépend de l’intention et de la démarche qu’il y a derrière. Et c’est là que va s’exprimer la singularité, cette particularité qui nous est propre, presque inexplicable. Même si on n’est très mal placé pour l’identifier, c’est un exercice intellectuel fort que de s’y attarder. « Qu’est-ce qui fait ma singularité ? » au moment où je parle, dans ma manière de réfléchir, dans la façon de poser une question ou d’y répondre.
Si vous vous contentez trop souvent des réponses de ChatGPT et que vous vous dites qu’il est plus intelligent que vous, c’est que vous être en train de perdre cette capacité singulière de penser par vous-même. Il est temps d’en prendre conscience. Sortez de la conformité, et n’oubliez pas que l’IA n’exprime qu’une suite logique de mots, s’appuyant sur l’immensité des données accumulées sur le dos des humains. Tant que la singularité artificielle n’aura pas été atteinte, nous aurons notre place, et même le jour où cette singularité aura été atteinte, n’oublions pas que nous sommes tous, depuis des décennies, de puissantes LLM indépendantes, avec un savoir biologique, sensoriel et expérientiel bien plus complexe que n’importe quelle puce de silicium, et ce, pour une fraction de sa consommation energétique. Alors, faut-il être complexé face à un Claude ou un Gemini ? Surement pas !
Ne nous laissons pas dissoudre dans le conformisme
Soyons donc « juste » singulier, la singularité c’est ce qui restera quand tout ce qui a été écrit et produit par l’homme aura été absorbé par les machines. C’est ce qui restera quand les grandes multinationales qui auront définis arbitrairement où mettre le curseur du bien et du mal, du beau et du laid, du tendance et du has-been …
Donc non, je ne vais pas revendiquer un énième « made by human », ou autre « garanti sans IA », je revendique juste ma singularité, qui n’est ni une vérité absolue ni une certitude gravée dans le marbre, mais juste la preuve que je ne suis que la somme de toutes mes expériences, à l’instant où je m’exprime.
Alors, avant d’être tous dissous dans la pensée universelle imaginée par ces trilliardaires, préservons nos singularités, ce sera d’ailleurs peut-être le dernier acte humain, unique et universel.
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