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27/09/2010

Webagoo: lever des fonds… pourquoi faire ?

Je ne pensais pas que l’information concernant la toute petite levée de fonds réalisée récemment pour Webagoo intéressait tant de monde. J’ai même hésité à en faire part à notre agence de presse tant le montant peut paraître ridicule au vu des chiffres annoncés par certains. Mais vu le relais que l’info a sur les réseaux sociaux et même un peu dans la presse, je me devais de donner quelques explications. Je vous livre donc tout cru le fond de mon analyse, la petite histoire et surtout le pourquoi du comment…

J’ai créé l’agence Actinium en Janvier 2000, avec comme ambition d’apporter mon savoir-faire de graphiste indépendant aux très petites entreprises, parents pauvres de la communication en général. J’ai quitté mon ancien boss qui ne croyait pas dans le web le jour où il m’annonçait fièrement qu’il venait de racheter une imprimerie… Bon, faut dire que les 1ers clients que j’ai réussi à faire signer pour un site web ont vraiment fait preuve d’une grande ouverture d’esprit, et c’est un peu grâce à eux que mon petit job de graphiste a donné naissance à une belle petite agence de 15 personnes, 10 ans après.

 

Dans ma volonté d’aider les petites boites, j’ai souvent été confronté au même problème: comment rationnaliser les moyens de mise en oeuvre pour réduire les coûts de production, sans lésiner sur la qualité et la performance. Au fil du temps, des petits modules php développés par mon fidèle Fred (bientôt 8 ans de collaboration active ;-), nous avons mis au point un outil de gestion de l’information de nos petits clients permettant de diffuser cette dernière au niveau géographique de chaque commerçant, artisan, ou petite boite (aujourd’hui on appelle ça un CMS). Parce que notre artisan, bien souvent, il se moque d’être visible à l’autre bout du monde, et de dépenser ses deniers dans du « référencement ». Non, le petit patron, lui, il veut trouver des clients, bien souvent près de chez lui, sans devoir faire une formation de 3 semaines à la gestion de site web. Cet outil on a fini par l’appeler Webagoo (me demandez pas pourquoi !) et on l’a packagé pour le mettre à disposition du plus grand nombre. Je vous passe les détails des différentes versions, des essais, plus ou moins réussi (tout dépend de quel côté on se place), des test commerciaux, etc… Bref, heureusement que le boulot de l’agence à « subventionné » tout ce développement pendant toutes ces années. Avec le recul, c’est un vrai coup de chance que l’outil n’ait pas été prêt trop tôt, ça nous a permis de le peaufiner, de prendre en compte toutes les recommandations de Google, d’écouter le retour terrain de nos clients, d’observer la montée en puissance des réseaux sociaux, et finalement d’être prêt au moment où notre marché est prêt.

 

Mi-2009, tout était calé, l’offre bien calibrée, de plus en plus de distributeurs manifestaient leur intérêt à proposer du site adapté aux petites entreprises, mais Actinium était encore configuré en mode « développement » et pas vraiment structuré pour encaisser une demande croissante. Quand on est une petite boite qui a toujours « bricolé » avec des bouts de ficelle, on n’a pas forcément la culture « startup », celle qui dès le départ du projet intègre « Crédit d’impôt Recherche », statut « Jeune Entreprise Innovante », et qui tape à la porte de tous les « Business Angels » de la région. D’ailleurs, allez expliquer à Oséo que votre projet est quasi bouclé, et que vous avez maintenant besoin d’aide pour la partie commercialisation…
Donc, en Septembre 2009, sur recommandation, je rencontre un expert en montage de Business Plan, ancien banquier (ça aide), spécialisé dans l’accompagnement à la mutation de petites boites comme la mienne, en la mettant en configuration « décollage ». 6 mois de travail, durant lesquels tout a été revue, corrigé, ajusté, du modèle économique à l’étude approfondie du marché, de l’optimisation fiscale à la configuration des équipes… tout… il m’a lessivé le bougre. 

 

En Janvier on est passé en SAS, et j’en ai profité pour donner des actions à tous mes fidèles collaborateurs, pour qu’ils aient encore plus envie de défendre leur boutique. En Avril tout était sur papier, prêt a être décortiqué par des financiers. Un Business Plan, c’est beau ! 
Avant d’attaquer les financiers purs j’ai décidé de présenter tout ça à un panel de clients fidèles, de distributeurs dévoués et de partenaires loyaux. On a profité des 10 ans d’Actinium pour se faire une belle présentation dans le superbe amphithéâtre du Cref à Colmar. J’étais un peu fébrile, ne sachant pas si on allait finalement réussir a en faire déplacer certains (même avec du Kougelhopf et du Crémant Schwach). Nous avons invité 70 personnes et nous en avons eu plus de 60 qui ont fait le déplacement, certains venant de l’autre bout de la France. Wouah, quelle belle reconnaissance ! 

 

Nous avions déjà fait valider notre modèle par l’honorable SODIV, organisme régional, qui a dépiauté nos tableaux dans les moindres détails et a finalement donné son aval. Objectif ? Lever 500.000 € sur une période d’un an. Cet objectif doit nous permettre de consacrer davantage de ressources au développement des outils commerciaux, de recruter un staf commercial explosif, de lancer des campagnes de pubs ciblées (je rappelle que notre cible c’est environ 3 millions d’entreprises en France) et de poursuivre notre déploiement à l’international (le Canada étant notre premier « labo »).

 

Je pensais réussir à lever un peu moins de 100.000 € auprès du premier cercle des « invités », la SODIV nous garantissait 150.000 € de prêt différé en cas d’augmentation de capital à 300.000 €, la Région nous a finalement octroyé 60.000 € pour le recrutement de nouveaux salariés et l’export, il nous manquait plus qu’environ 200.000 € a obtenir auprès d’un « fond d’investissement » ou autres « business angels ». Ce sont finalement 170.000 € qui ont été récoltés auprès de petits actionnaires, misant sur notre sérieux depuis près de 10 ans, sur le modèle économique ambitieux et surtout, voyant dans notre expertise de la petite entreprise, un réel atout ! Par respect pour ces premiers investisseurs, nous avons décidé de boucler le premier tour de table fin août 2010, même si aujourd’hui encore nous avons des demandes. C’est donc bien aujourd’hui 330.000 € qui ont été levés pour soutenir la croissance de Webagoo. Un deuxième tour de table est maintenant en cours, et devrait être clôturé avant la fin de l’année, j’ai bon espoir que notre objectif sera atteint… je vous tiendrais au courant 😉

 

C’est une belle expérience, fatigante, éprouvante, mais gratifiante. Cette première étape nous a permis de sceller de nouveaux accords, de voir que notre vision de la petite entreprise est partagée par d’autres, que la France est encore un pays ou l’on peut entreprendre, même si je dois l’avouer, le modèle américain me séduit davantage. J’ai beaucoup appris, j’apprends encore beaucoup, chaque jour, et c’est dans la multitude des conseillers que je m’abreuve (oh que c’est beau ça…). J’espère que cette mise à nu vous aura éclairé sur les ambitions de Webagoo… parce que l’aventure ne fait que commencer !

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