Michael Bechler

6 février 2026

IA et souveraineté : pourquoi Davos nous confirme que nous sommes déjà des colonies numériques

En écoutant le débriefing de Davos 2026 sur Silicon Carné, on comprend vite que le « monde d’après » ressemble furieusement à un hold-up technologique. Pendant que nos élites pérorent sur la souveraineté, le Forum économique mondial a entériné ce qu’Emmanuel Vivier appelle le « royaume des Américains ». Pour quiconque se soucie de l’indépendance de nos données et de la survie de notre savoir-faire interne, le réveil est brutal : nous ne sommes plus des acteurs, nous sommes du carburant pour les algorithmes d’outre-Atlantique.

L’illusion souverainiste face à la réalité de la « connerie »

On entend tous les jours les politiques nous ressasser l’ambition d’une « souveraineté numérique », mais dans les faits je vois régulièrement les décideurs opter pour du Microsoft ou du Google omniprésent . Comme à son habitude dans le podcast de Carlos, les invités sont vite critiques envers l’Europe. Stéphane Mallard ne prend pas de gants : « La souveraineté, ça n’existe nulle part dans la nature. […] Je supporte plus qu’on parle de ça. C’est une énorme connerie. » Le constat est là : pendant que nous rédigeons des rapports, Peter Thiel nous balance notre médiocrité au visage avec un framework implacable : si vous n’êtes qu’à 10 % des capacités technologiques américaines, vos discours sur la souveraineté ne valent rien.

Même si j’ai un peu de mal avec l’arrogance américaine, comment prétendre protéger nos données stratégiques quand, selon Mallard, nos structures tournent encore avec « du Windows 95 » ? On ne défend pas un savoir-faire industriel avec des outils obsolètes face à des géants qui dévorent tout.

Le « Stress Test » de la donnée : l’exemple ukrainien

Le cas de l’Ukraine, cité par Alex Karp (Palantir), est une leçon de survie… et un avertissement. Si l’Ukraine a résisté, c’est parce qu’elle partait d’une « feuille blanche », sans cet héritage technologique qui paralyse nos armées et nos entreprises. La souveraineté de demain ne se joue pas dans les effectifs, mais dans la maîtrise du logiciel et des données.

Le danger pour nos entreprises est là : en confiant notre « savoir interne » à des systèmes comme ceux d’Anthropic ou Google, nous nourrissons des IA qui, comme le souligne Stéphane Mallard, sont basées sur « un processus d’essais-erreurs » optimisé pour leur propre survie, pas la nôtre. Nous leur livrons nos secrets de fabrication, nos processus de décision, pour qu’elles deviennent, à terme, « une nouvelle espèce plus intelligente que nous ». Dommage qu’on ne parle pas assez du cloisonnement des données dans des « Bases de connaissances » privées.

« Dégraisser » l’humain pour nourrir la machine

Le cynisme de Davos a atteint des sommets avec Jamie Dimon (JP Morgan). Son conseil aux dirigeants ? « Commencez à dégraisser vos équipes tout de suite pour ne pas vous retrouver avec des travailleurs inaptes ou inutiles dans 5 ans. » Voilà le projet : vider les entreprises de leur intelligence humaine avant qu’elles ne s’en aperçoivent, pour tout automatiser via des serveurs basés aux États-Unis ou, comme le fantasme Elon Musk, dans l’espace.

Dario Amodei nous promet une « adolescence technologique« , mais pour l’instant, c’est surtout une crise de confiance majeure. Comme le dit Laura Bokobza, les gens ne croient plus aux promesses d’abondance parce qu’ils sentent qu’ils n’y auront pas accès : « Personne ne se dit que [les patrons de la tech veulent] le bien du monde. »

Alors, allons-nous continuer à regarder nos données s’évaporer vers la Silicon Valley en espérant un miracle ?

La souveraineté ne se décrète pas, elle passe par une prise de conscience et un peu de maîtrise logicielle. Si vous voulez comprendre comment éviter que votre entreprise ne devienne qu’une simple base de données pour les IA américaines, je vous invite à écouter l’épisode de Silicon Carné. C’est piquant, c’est violent, un peu anxiogène mais ça permet d’ouvrir les yeux et indispensable pour sortir de la naïveté ambiante.

Et sinon, faites comme moi, optez pour une plateforme permettant de cloisonner vos données et de les interroger avec n’importe quelle LLM, dont les modèles Open Source européens comme Mistral ou des Ollama comme narratheque.io

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